Nature et numérique

J’ai reçu quelques messages me demandant pourquoi la formation n’aurait pu été reprogrammée à distance par internet. Voici ma réponse :

Techniquement, cela reste possible. Humainement, non. La méditation est un sujet trop important, et surtout trop « impliquant » pour être abordé à distance, pour se priver de réels partages, sentir les inflexions dans les voix, les regards furtifs émaillant la moindre émotion, les chuchotements de l’âme qui traversent la peau et ses odeurs…

Non, non et non ! Un des trois slogans de 3C est le mot « Compassion », ce qui sous-entend, ce qui sous-tend (!) le fait d’expérimenter la réalité de l’interdépendance qu’enseigna le Bouddha, et qui nous met en demeure de vivre dans la bienheureuse reconnaissance de notre unité fondamentale, et cela le plus directement ou « présentiellement » possible. Les relations numériques nous privent de 90% de notre intelligence et confortent le mental dans son processus d’objectivation de ses propres illusions au lieu de nous libérer de sa tyrannie comme le propose bien justement la méditation. Je crains que ce travail à distance soit plus pernicieux que bénéfique, en plus de requérir des efforts surhumains pour progresser dans un contexte où la relation directe et holistique de l’échange est importante.

Au-delà de cela, le numérique apporte toutes sortes de facilités et de bienfaits. Mais c’est en ce moment autant un vecteur de partages solidaires qu’une subordination à la distanciation sociale soi-disant nécessaire, non pas à l’éradication d’un virus, mais à la dégradation de relations humaines normales, vitales et naturelles.

On m’a dit aussi « Écris un livre ». Par les livres, on se cultive, on accumule des connaissances. C’est très bien et on sait à quel point l’abâtardissement intellectuel et culturel des peuples « civilisés » est cause de servitudes en tous genres. Cependant, c’est bien en vivant qu’on apprend à vivre. La méditation ne s’apprend pas dans les livres, ni quelque autre média d’ailleurs : elle se vit, s’expérimente, d’instant en instant par l’immersion dans le Réel, telle une goutte d’eau dégustant l’Océan.

Navjeet

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *